La petite trotte à Joan, 120 kilomètres, une fin de course magique et mémorable

D’habitude j’écris mes articles de blogues en ordre chronologique des événements de mes courses. Je vais faire une exception aujourd’hui et commencer par la fin pour mettre un peu en lumière notre fin de course qui fut des plus magique et mémorable.

Mais d’abord, un retour sur cette lettre ouverte à Dan Desrosiers

J’ai partagé ce matin sur ma page Facebook, la lettre ouverte que mon partenaire Frédéric Giguère a adressée à Dan Desrosiers le directeur de course de la PTJ, Ultimate XC.

Cette lettre a suscité plusieurs réactions intenses et j’aimerais apporter des précisions à propos du message qui a été mal interprété par certaines personnes.

En publiant cette lettre, j’en ai endossé le contenu. J’ai endossé cette lettre parce que je suis d’accord avec le texte et avec le ton. J’aimerais préciser que cette lettre n’est pas un appel à boycotter l’événement. On peut d’abord y lire des remerciements sincères vis-à-vis de Dan pour avoir encore une fois organisé cet événement qui demande un travail colossal et il est aussi écrit à quel point nous apprécions l’événement ainsi que le travail des bénévoles. J’y reviendrai plus tard dans d’autres articles à propos de cette course, car oui, il y en aura plusieurs. 🙂

Frédéric dit aussi à la fin de sa lettre que Dan il l’aime bien et moi aussi Dan je l’aime bien. Je ne pense pas me tromper en disant que c’est un homme bouillant au très grand cœur. Nous sommes tous des êtres imparfaits et moi Dan, sincèrement, je l’aime, il se donne, il nous donne… Il m’a donné cette chance de parcourir 120 kilomètres en montagne et la chance de vivre des moments exceptionnels. Je pense qu’il se soucie sincèrement de nous, « ses coureurs ».

Aussi dans la lettre, la question d’avoir un temps de « cut-off » n’est pas remise en question. Nous acceptons les règles du jeu. Quoi que pour La petite trotte, à ma connaissance rien n’était précisé à ce propos sur le site Internet, mais nous étions au courant depuis la fin mai de par le groupe Facebook consacré à l’épreuve, qu’il y avait un temps limite à respecter sur la PTJ et celui-ci était de 27 h. Plusieurs coureurs ont trouvé que le temps limite du 60 kilomètres était un peu, pas mal serré, je suis d’accord et ceci pourrait être amené à Dan comme une amélioration souhaitée à son épreuve. Toutefois, le temps limite pour La petite trotte était raisonnable, la règle c’est la règle, je ne la remets pas en question.

Donc, sachez que l’événement est le fun, les bénévoles sont extras, et nous avons simplement été déçus de la sanction qui est venue avec notre désobéissance aux règles.

Aussi les règles de temps de passage doivent être respectées et à ma connaissance, si quelqu’un refusait « d’obéir » en plein milieu de nulle part dans la forêt et qu’il n’avait pas signé de décharge, je pense que le directeur de course reste responsable de cette personne et celle-ci pourrait peut-être même le poursuivre s’il arrivait quoi que ce soit. Donc, je ne remets aucunement en question la règle du temps de passage et elle n’est pas non plus remise en question dans l’article de Frédéric.

Je comprends aussi que Dan était probablement inquiet à notre sujet et fatigué des derniers jours. Il a tout mis en œuvre pour un événement de course en sentier de qualité, je crois qu’il a même dû effectuer des expéditions de « rescue » dans le bois et qu’il était aussi de prime abord un peu inquiet de m’accepter dans la Petite trotte à Joan. Il m’avait demandé mon « pedigree » avant de m’accepter dans la course et je crois que c’était parce qu’il voulait s’assurer que je pouvais passer au travers et ne pas se ramasser avec une fille en détresse sur le parcours, parce que Dan, il le sait à quel point il est difficile son parcours. Dan et bien, je crois qu’il se sent responsable de nous tous, et ce tant que nous sommes sur les sentiers. Je vous le dis, il a un grand cœur.

En fait, finalement, ce qui m’a le plus peiné ce n’est pas que Dan décide de nous bannir à vie de toutes ses courses parce que j’ai refusé d’embarquer dans la voiture à 3,5 kilomètres de l’arrivée.

En fait, quelqu’un me faisait remarquer, est-ce que Joan Roch n’a pas d’ailleurs déjà été banni, celui même dont la course porte maintenant le nom !

Ce qui m’a le plus peiné est qu’un billet qui a été écrit de façon respectueuse avec même un peu d’humour et d’amour ait suscité des réactions aussi intenses.

Des réactions comme celle-ci « Ce papier à mis une douche froide sur les Warrior qui ce sont battu pour franchir l’arche sous les délais… »

Finalement, je ne suis pas autant peiné par la sanction de Dan que par les commentaires que ce billet somme toute respectueux a suscités.

J’ai pleuré à lire ces commentaires, dont certains qui ont même dit : « Désolé, mais je n’endosse pas les propos de cette lettre. Les règles étaient claires pour TOUS les coureurs dès le départ, un cut-off de 27 heures, sinon c’est un DNF. Mon partenaire et moi ne nous aurions pas attendus à une parade, un accueil, une ligne d’arrivée, une plaque ou une médaille si nous avions dépassé le temps alloué. Pour moi le sujet est clos et Daniel Des Rosiers mérite que des félicitations pour une organisation de la PTJ hors pair, pas un salissage sur la place publique. »

En fait, ce qui me fait de la peine est de voir la colère que ce billet suscite. Et on ne parle pas même pas ici de croyance religieuse, on parle seulement de course. Il n’a jamais été question de salissage. Dan a sanctionné, il en a le droit, nous ne sommes pas content de la sanction et nous avons le droit de le dire, en autant que c’est fait dans le respect et je crois que cela a été fait dans le respect. J’inviterais donc les gens à commenter autant qu’ils le veulent, toutes les opinions sont valables, en autant que cela est fait dans le respect.

Et croyez-moi, quand je vous dis que je ne m’attendais à aucune parade, accueil, ligne d’arrivée, plaque ou médaille et je ne remets aucunement en question les efforts fournis par tous les participants de la PTJ. Cette course est une bataille, peu importe le temps requis pour en venir à bout. Il faut y être pour le croire. C’est peut-être pour cette raison que les réactions ont été aussi «violentes» auprès des participants de la PTJ et vous m’en voyez désolé. Je vous le dis, ce parcours, ce n’est pas de la tarte.

Pour moi, rien d’autre ne comptait que de compléter la distance. J’allais arriver au bout de ces 120 kilomètres et rien d’autre n’importait. Quand tu te vides le corps à ce point, il ne reste rien d’autre que le désir de terminer sur tes deux jambes. Il n’y aurait eu personne que cela aurait été bien correct. Je ne pensais pas au fil d’arrivée, ni à la plaque, ni aux gens, je me sentais simplement fière d’avoir passé au travers, le reste n’avait aucune importance.

Et je me suis battue, autant que les premiers qui sont arrivés dans les temps limite.

Pour moi, à la fin, je n’étais plus dans La petite trotte à Joan, j’étais en train d’aller au bout de moi-même et rien d’autre n’importait que de finir sur mes deux jambes. J’en pleure encore en l’écrivant.

J’ai été extrêmement touché que des amis et bénévoles soient restés sur place malgré notre retard de plus d’une heure. J’étais bien certaine et j’avais déjà accepté le fait que nous allions arriver dans un parc vide.

Quand j’ai vu que des dizaines de personnes nous avaient attendus malgré l’heure tardive de notre arrivée, je n’en revenais pas. J’ai été extrêmement touché que des amis soient restés pour nous, les derniers arrivants/survivants !

Merci personnellement à Guy Leclerc (qui fut aussi bénévole à la mi-parcours en pleine nuit), sa conjointe, Suzanne Dubreuil, Christiane Grégoire qui m’inspire au quotidien, Josée Brouillette, qui nous avait aussi vu et encouragé au passage du temps limite du 102e kilomètre, Sylvie Vachon et Jacques Aubin, que tout le monde connaît et qui inspirent tellement de gens, Marquita Thériault, une vraie trailrunner au cœur pure, Ah Lambert mon conjoint, mon amour, qui est venu nous accueillir malgré que sa maman (ma belle maman) est hospitalisée, mes amis Patrick Lazzaroni et Chantal Hallé qui ont couru respectivement le 13 kilomètres et le 5 kilomètres, François-Bienvenue, Marie-Klaude Paquet et Chantale Phillie, membres de mon club de course, le Club de Trail de Montréal, qui étaient contents de me voir réussir ! J’en oublie, je le sais, dites-moi vos noms en commentaires, je vous ajoute ici c’est certain. Sans vous, cette arrivée  n’aurait pas été aussi mémorable et magique, je vous en suis très reconnaissante, je ne m’attendais à rien du tout et vous étiez là avec votre amour !

Même les bénévoles m’ont invité à passer là où se trouvait, un peu plus tôt, le vrai fil d’arrivée. Nous avons donc passé là où se trouvait plus tôt l’arche d’arrivée en groupe tous ensemble.

Les règlements, le temps de passage

Quand j’ai vu le gentil bénévole qui n’osait presque pas nous dire d’embarquer dans la voiture pour nous ramener à l’arrivée, j’ai simplement pensé qu’il nous faisait une farce. Pour moi il n’y avait pas de question, j’arrivais enfin au bout ! Pendant tout le parcours, j’ai été incertaine de pouvoir finir.

J’apporterais aussi une précision, il faut savoir que l’événement était non chronométré, donc pas de médaille et pas de chrono sur le site Inernet. Aussi, nous étions tout à fait seuls pour plus des deux tiers du parcours, de nuit, il n’y avait personne derrière nous et seulement une poignée de coureurs devant, soit 9. Nous étions donc dans notre petit monde à part, ce qui fait qu’à la fin pour moi, la règle du temps limite était un peu bizarre. Il était tout à fait hors de question que je termine les 3,5 derniers kilomètres dans une voiture. Nous avions été autonomes pour les deux tiers du parcours, soit pendant plus de 20 h, nous étions rendus dans une zone très sécuritaire et j’ai poursuivi sans relâche comme je l’avais fait depuis le début. Un temps limite sur une course non chronométrée que je me disais, ça n’a pas vraiment de sens. Il n’y en a pas de médaille de toute façon, je ne me suis jamais attendu à avoir une médaille.

Pour moi, seulement arriver au bout comptait, le temps et la médaille n’avaient jamais fait partie de l’équation. N’est-ce pas cela même l’esprit de La petite trotte à Joan, une course hors-norme qui n’est pas UNE COMPÉTITION mais une aventure humaine ? C’est dans cette course là que je me suis inscrite.

Pendant la course, pleins de pensées me sont passé en tête dans le genre :

« pour qui tu te prends de penser que tu vas pouvoir compléter ce parcours, kilomètre 12.5 »

« tu es probablement un boulet pour ton partenaire, kilomètre 102 ».

À 3,5 kilomètres de l’arrivée, le moment ou j’ai enfin cru que je pourrais vraiment y arriver, et bien nous étions sur la partie la plus facile et la moins accidentée du parcours. Je savais que même si je marchais jusqu’à l’arrivée et bien ça y’était !!! Après 27h30 plus rien ne pouvais m’empêcher de finir, plus de côte de l’enfer, plus de montagne grise, blanche ou noire, une simple piste cyclable plate et facile ! Je suis en paix avec ma décision d’avoir désobéi à Dan, vraiment, si c’est le pris à payer, je te remercie Dan, ça valait le coup. La sensation d’accomplissement est indescriptible et je ne te voue que de la gratitude de m’avoir accepté dans cette aventure. Aller, on ne te changerais pas et ce n’est pas la première fois que tu te fais critiquer. Peut-être allonger un peu le temps limites sur le 60 et clarifier comment tu va appliquer cette règle du temps de passage au 120… De toute façon, tu me disais avant l’événement, que tu pensais modifier la formule pour l’an prochain. Il y aura matière à réflexion.

Banni du Ultimate XC finalement, c’est mon trophée à moi ! Tout comme Joan, qui a été mon conseiller et  mon inspiration pour ce défi, je pourrai dire, j’ai été banni !

Il y a des personnes qui me disent que je les inspirent, et bien moi je leur dit, moi aussi il y a  des personnes qui m’inspirent et ce sont ces personnes qui ne sont pas sur un « ego trip » comme mon partenaire, Frédéric Giguère et Joan Roch. Et moi, et bien je tente d’inspirer les gens en leur disant que oui, c’est possible. Ce qu’ils n’ont jamais imaginé, ce qui est plus haut que leur rêve est possible ! Et eux aussi peuvent inspirer des gens de leur entourage et les contaminer de rêves !

Merci, Frédéric, d’avoir été mon partenaire et aussi d’avoir écrit un billet que je n’aurais jamais osé écrire.

Paix, amour et tolérance, j’aimerais bien que ce soit ce que ce billet suscite. Et aussi, allez au bout de vous-même et inspirez des gens à faire de même, peu importe le temps et la distance. Il n’est pas question ici d’ego, mais plutôt d’amour et d’inspiration.

La suite et les détails croustillants de cette petite trotte dans un autre ou plusieurs autres article 🙂

Ben coudonc, Dan, il nous a acceptés dans sa course et c’est lui-même qui nous a nommés Team Blog Power. J’espère seulement que nos blogues suscitent, réflexions, discussions, tolérance et amour. Team Love Power moi que je dirais. Et puis, ce dossard 120 KM qui a fait la guerre, et bien moi j’en suis très fière, temps limite ou non, je suis Finisher PTJ 120 KM 2016 et ça, personne ne pourra me l’enlever !

Fait à noter : Au Western State 100 mile Endurance Run, quelqu’un m’a dit que quand un coureur dépasse le temps limite, il a le droit de continuer et on lui remet une mention d’honneur à la fin ! Je n’en demandais pas tant !

La petite trotte à Joan

Et notre parade !

Plusieurs heures après la publication de cet article, j’aimerais ajouter une note finale.

Après la tourmente Facebook, je pense que j’ai été amené à moduler mon opinion de ces événements (temps limite, sanction, etc.). Finalement, même les commentaires les plus intenses m’ont amené à avoir une bonne réflexion constructive. Je pense donc après que la poussière tombe, que je suis finalement reconnaissante à tous ceux qui ont commenté. Il n’y a pas eu d’accusation méchante, et que tout cela se soit passé « sur la place publique » est finalement peut-être aussi bien.

De plus, moi aussi j’ai commis des erreurs dans cet épisode, au début, je vais être tout à fait honnête, si tout le monde avait dit qu’il ne retournerait plus faire cette course, je ne pense pas que j’aurais crié non. Mais maintenant, sincèrement, je vous dirais de ne pas manquer ça. Alors je dirais, acceptons-nous dans nos imperfections et allons de l’avant. Continuons de gravir des montagnes et de courir dans des sentiers en harmonie avec la nature et avec tous nos amis coureurs.

Donc voilà, je vais terminer ici en m’excusant, si j’ai blessé qui que ce soit, ce n’était pas mon intention et je dirais que je pardonne aussi sincèrement à ceux qui m’ont blessé sans le vouloir.

Aller on en parle plus !

Publicités

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Merveilleux texte, très chère partner !
    Tu as su bien transmettre les sentiments que j’ai également ressentis à l’arrivée et par la suite, jusque dans la tourmente d’hier.
    Tu es allée au bout de toi même, et même au-delà. C’était beau à voir. Merci Julie d’avoir embarqué dans cette complètement folle aventure que je te proposais.

    1. Et merci à toi d’avoir cru que j’en était capable !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s