PTJ 120 kilomètres, dernier tiers, de 80 à 120.

Faudrait pas qu’on arrête à 3,5 kilomètres du but, quand même !

Le 22 juin, quelques jours avant cette course de 120 kilomètres, Frédéric, mon partenaire de course avait fait une publication sur Facebook intitulée « Faudrait pas qu’on arrête à 3,5 kilomètres du but, quand même ! ».

Était-ce prémonitoire ? Nous avions alors amassé, dans le cadre de notre levée de fond pour la course, 1165 $ pour La Maison Bleue, et étions à 35 $ d’un total de 1200 $, d’où cette publication et son descriptif.

Eh bien, nous ne nous sommes pas arrêtés à 3,5 kilomètres de la fin ! Et nous avons amassé grâce à la générosité des amis, de la famille et des coureurs, 1470 $ pour La Maison Bleue. Ne serait-ce que pour eux, je suis fière d’avoir complété le parcours au complet.

levée de fond Maison Bleue

Se faire dépasser par beaucoup de coureurs

Une fois passé le chalet du lac à l’appel, notre kilomètre 80, nous avons commencé à nous faire dépasser par beaucoup de coureurs, plusieurs du 38 kilomètres qui débutaient leur course à fond de train. Il fallait constamment se tasser sur les côtés des sentiers pour les laisser passer et la plupart avaient l’air de se demander d’où nous sortions. Puis il y a eu les coureurs rapides du 60, ou devrais-je dire le coureur très rapide du 60. Il a fallu un certain temps avant que le 2e nous rattrape. Le premier, Gareth Davies, était définitivement dans une classe à part avec un temps final de 5 h 57 pour 60 kilomètres dans des sentiers très techniques incluant 2500 mètres de dénivelé positif.

Certains des coureurs croyaient que nous étions des coureurs de fin de peloton du 38 kilomètres. Huh non monsieur, madame, c’est affiché sur mon dossard (dossard que j’avais pris soin d’afficher dans mon dos, grâce à mon super gadget/triathlon/porte-dossard sans épingle, fini la rouille causée par les épingles et possibilité de retourner le dossard au dos). Alors, vous ne savez pas lire, 120, 1 2 0, pas 38, 3 8, non, 1 2 0. Nous sommes les derniers survivants LOL

Ultimate XC 120 dossard

Plusieurs lecteurs du blogue m’ont salué au passage et encouragé par la même occasion et vous m’en voyez reconnaissante, ça me donnait un boost d’énergie à chaque fois.

Temps limite pour compléter la course

Nous savions que nous avions un temps limite de 27 h 00 pour compléter le parcours du 120 kilomètres, mais nous n’avions eu aucune instruction sur la manière dont ce règlement serait appliqué pour nous.

Selon ma très minime expérience, souvent, dans ces cas-là il y a des temps de passages intermédiaires qui sont identifiés et appliqués à chacun des ravitaillements. Au XC La Vallée par exemple, lors de ma participation au 35 kilomètres, il y avait un temps limite pour passer le ravitaillement du 26e kilomètre. J’étais arrivé 2 minutes avant ce temps limite et une fois reparti, je savais qu’il n’y avait plus rien pour m’empêcher de terminer puisqu’il n’y avait pas de temps de passage additionnel ni de temps limite pour compléter la course. Ne restait donc plus qu’à finir ma course, peu importe le temps que cela prendrait. Sauf que dans le cas qui nous occupe, nous savions qu’il y avait un temps limite pour compléter la course, mais aucun temps de passage intermédiaire ni aucune idée de ce qui arriverait si nous dépassions ce temps. Nous savions cependant que la course de 60 kilomètres avait un temps limite intermédiaire de passage au kilomètre 42, ce qui correspondait à notre kilomètre 102, tout juste après que nous ayons à nouveau passé le Vietnam, le passage marécageux et boueux du début. Nous nous disions que si nous n’arrivions pas à l’intérieur du temps limite à ce poste de ravitaillement, il nous serait certainement impossible de poursuivre et que si nous y arrivions en temps et bien probablement que plus rien ne pouvait nous empêcher de terminer, enfin c’est ce que je me disais moi. Il faut dire que Frédéric et moi n’avons pas tellement d’expérience avec la gestion de temps limite. Pour ma part, je n’avais jamais participé à une course qui a un temps limite total, mais plutôt des courses qui ont des temps limites intermédiaires ou nous devons alors nous retirer au poste de ravitaillement lorsque le temps alloué est dépassé. Et Frédéric, il est tellement rapide qu’il n’avait jamais eu à gérer ce genre de situation.

Ultimate XC 120 kilomètres
La beauté de la nature

Toujours est-il que nous n’avions plus de repère de distance et de rythme depuis un bon bout de temps et nous tentions de rencontrer le temps limite du ravitaillement de notre kilomètre 102. Nous demandions aux coureurs s’ils savaient où nous étions rendus sur le parcours, certains ont pu nous informer et nous avons accéléré le pas pour tenter d’arriver à ce poste avant 13 h 45.

Ultimate XC 120 kilomètres

J’ai poussé mes limites pas mal pour y arriver, il faisait chaud, déjà passé midi, nous devions encore courir des portions au soleil, les mouches de toute sorte continuaient d’être nos amies. D’ailleurs, j’ai eu en permanence mon pulvérisateur anti-mouches dans la poche avant de ma veste et je m’en aspergeais régulièrement.

Nous sommes donc arrivés à ce ravitaillement vers 13 h 30 avec 15 minutes d’avance sur le temps limite, nous étions alors au kilomètre 102. Nous avions donc parcouru 102 kilomètres en 23 h 30 (hello au passage, temps limite 100 mkilomètres UTMA de 24 h 00, dont je suis allé voir les spécifications cette semaine).

J’ai fait l’erreur de changer de soulier à cet endroit et cela m’a pris encore un peu trop de temps. J’ai aussi changé de vêtement pour un short sec, mon préféré de Kari Traa, le Mari short, dont je vous reparlerai dans un autre article éventuellement.

kari traa
Mon short préféré de Kari Traa, le Mari Short, testé à la fin d’une très longue distance !

Et voilà, encore un autre 15 minutes envolé. J’ai pris 2 ou 3 petits verres de Coca-Cola et nous sommes repartis.

J’oubliais aussi de dire, je suis finalement totalement convertie Altra Running ! Mes souliers Altra Lone Peak que je souhaitais vendre il y a plusieurs mois ont été parfaits pour cette longue course. Et en plus, Altra, ça rime avec Kari Traa. 🙂

Le mur après 100 kilomètres

Quand nous avons quitté ce ravitaillement du kilomètre 102, il fallait monter un interminable lacet dans la montagne, en plein soleil. C’est là que j’ai été à mon plus bas. Je crois bien que j’ai frappé ce fameux mur à ce moment-là. Nous avons monté interminablement, je me rappelais très bien cette montée lors de ma participation au 38 kilomètres en 2015 et elle m’avait alors semblé interminable. C’était bien pire cette fois-ci. J’en étais rendu à vouloir m’aider avec mes mains par terre, mais vous essaierez à la maison de monter des escaliers en vous aidant de vos mains, vous allez vite vous rendre compte que c’est tout à fait inefficace. Des bâtons m’auraient été d’une grande utilité, mais étrangement les bâtons avaient été interdits pour cette « course ». Frédéric restait bien en avant, pour donner le rythme je crois, probablement pour m’aider à rencontrer ce temps limite de 27 h 00. Je me sentais littéralement comme un boulet pour lui et j’en avais envie de pleurer. Je me sentais complètement vidée. Il nous restait 18 kilomètres à parcourir, moins d’un demi-marathon, notre sixième et dernier demi-marathon du jour.

Avant cette course, j’avais la curiosité de savoir ce qui arrive quand on arrive au bout et bien j’ai été servie cette fois-ci.

Mais c’est fascinant comme je me dis après coup que finalement, ce n’était peut-être pas le bout du bout. J’avançais et cela devenait plus mental qu’autre chose. Dès que je me laissais emporter par des pensées négatives, j’étais ralentie et dès que je me concentrais sur l’objectif à atteindre, soit de compléter ce maudit parcours, et bien j’arrivais à avancer plus efficacement.

Une fois rendu en haut, comme tout ce qui a été monté doit être redescendu…

À ce moment-là, ça faisait un bout de temps que je ne savais plus si je préférais monter ou descendre. Monter était très exigeant cardiovasculairement, et descendre était très exigeant musculairement. J’étais cependant vraiment contente de ne pas ressentir de douleur articulaire ou des douleurs que j’aurais pu associer à des blessures. Seulement des douleurs normales, une très grande fatigue cardio-vasculaire et musculaire, mais aucune blessure. Mais pauvre Frédéric, j’en suis gêné après coup, je ne plaignais pas en mots, mais en gémissement. Vraiment, il va me falloir améliorer cet aspect. Et lui qui n’a jamais émis aucune plainte, bon à part plusieurs mots du seigneur lorsqu’il s’enfargeait dans des roches. Et moi de dire, enfin, des roches, nous allons être forcé de ralentir, youppi LOL.

J’avais calculé au départ que nous avions 7 petites montagnes à gravir à l’aller et 7 au retour, donc 14 ascensions et 14 descentes. De petites montagnes, mais des montagnes tout de même. Au final, le dénivelé total allait atteindre l’équivalent de monter et descendre presque 8 fois le Mont-Tremblant.

Étrangement, les bâtons étaient interdits sur cette course. Au début j’avais pensé en utiliser. Je me suis d’ailleurs demandé pourquoi ils étaient interdits puisque nous n’étions qu’une petite poignée de coureur, 13 au total, je crois. Je suppose que c’est parce qu’ils sont interdits sur toutes les autres distances. Peut-être pour ne pas créer de confusion pour les autres coureurs des autres distances ? Toutefois, la prochaine fois, pour ce genre de distance dépassant 80 kilomètres, j’opterai pour des bâtons sans hésiter.

Avec des bâtons, je crois que j’aurais perdu beaucoup moins de temps dans les descentes en fin de parcours, parce que ceux-ci m’auraient permis d’alléger le poids sur mes jambes.

Après cette longue descente, nous en étions donc à la 13e, nous sommes passés par un ravitaillement et la bénévole nous a dit qu’une section facile nous attendait. Section facile veut automatiquement dire section au soleil, pas de monté ni de descente, mais pas de forêt non plus pour se protéger de la chaleur et du soleil. J’ai tenté de pousser la vitesse un peu, ouf même le mot vitesse ne s’applique pas vraiment ici. Tsé quand tu as l’impression de courir à 6 minutes du kilomètre, mais au fond tu es probablement à 7 min 30 s ou même 8 minutes. Nous suivions un gars du 60 kilomètres, nous le dépassions à l’occasion, mais il revenait sur nous parce que j’avais de la difficulté à garder le rythme. Il m’a dit, je te lève mon chapeau, je n’aurais pas l’air de ça si j’avais fait le 120. Il faisait vraiment chaud sur ces chemins forestiers.

Nous nous sommes à nouveau retrouvés seuls et derniers sur les sentiers

Au fur et à mesure que nous avancions, il y avait de moins en moins de coureurs qui nous rattrapaient. Plusieurs en fin de peloton, ayant été arrêté à leur kilomètre 42 par le temps limite de 7 h. Tout comme à notre départ, la veille, nous nous sommes à nouveau retrouvés les derniers quasi-seuls sur les sentiers.

Ultimate XC 120 kilomètres

Après la portion « facile » sur le plat au soleil, il ne restait plus que la montée de l’enfer, celle-ci faisant partie du parcours du 11 kilomètres.

Je me disais si près, mais si loin en même temps.

Lorsque nous avons entamé cette dernière montée de l’enfer, nous avons été chanceux, car il y a eu quelques passages nuageux. Pour la première fois, Frédéric est passé derrière, tellement je manquais de force pour monter (lire j’avais peur de m’évanouir, sans blague, il en parle même dans son article de blogue). Nous l’avons gravi lentement (Fred dans son article,  il dit très lentement, moi je dis lentement bon), bref au seul rythme dont j’étais capable. À chaque fois que je pensais à la ligne d’arrivée, ça me donnait un peu d’énergie.

C’est à la moitié de l’ascension que la fermeur du 60 kilomètres nous a finalement rattrapés. Il devait être 16 h 40, nous savions alors que nous n’allions pas pouvoir arriver avant 17 h, heure limite pour ce 120 kilomètres, puisqu’il nous restait alors environ 7 ou 8 kilomètres. Elle nous a examinés et demandé si nous étions corrects, pour ma part, j’étais rassurée maintenant que nous allions compléter la dernière ascension et Frédéric et bien lui il était plus que patient et en forme malgré ma lenteur. Nous lui avons donc assuré que oui, nous étions dans un état tout à fait acceptable et que nous avions tout ce dont nous avions besoin en eau et nourriture. Elle a même proposé de demander aux bénévoles de nous attendre au prochain ravitaillement, mais je lui ai dit que ce n’était pas nécessaire d’allonger leur journée pour nous, ils en avaient déjà bien assez fait. Nous l’avons informé que nous avions le numéro de téléphone de Dan, le directeur de course, et un cellulaire dans le cas ou nous aurions besoin de le joindre. Elle nous a dit qu’elle allait l’informer de notre position, ainsi nous étions assurés qu’il ne serait pas inquiet. Comme il n’y avait pas de fermeur 120 kilomètres, je pense que nous n’étions pas vraiment sous sa responsabilité et à ma connaissance, elle n’avait eu aucune instruction pour les participants du 120 kilomètres.

Après avoir gravi la montée de l’enfer, nous avons amorcé une longue descente, encore une, la dernière, la 14e.

Une fois finalement rendu en bas de cette interminable descente de 4 kilomètres, il nous restait encore un petit bout à faire dans les sentiers au bas de la montagne. Puis nous sommes finalement sortis du bois et avons croisé un coureur qui nous a pris en photo. Ensuite, nous avons croisé une route, nous étions rendus à 3,5 kilomètres de l’arrivée. Il ne restait plus qu’une toute petite portion plate et facile sur un sentier de marche.

Team Love Power
À 3,5 kilomètres de l’arrivée, pas question de nous arrêter, à part que pour se faire prendre en photo !

Terminer en voiture ?

C’est ensuite qu’un gentil bénévole nous a demandé sans conviction de monter dans une voiture puisque nous avions dépassé le temps limite. Pour ma part, au début, j’ai cru qu’il nous faisait une farce, je ne l’ai pas pris au sérieux et j’ai poursuivi sans me questionner. En fait il n’avait jamais été question de ce qui arriverait si l’on dépassait le temps limite, moi je pensais simplement que ce n’était pas bien grave et que nous arriverions éventuellement dans un parc vide ou il n’y aurait que mon conjoint qui nous aurait attendus. J’avais tellement travaillé dur pour arriver jusque-là que ça n’avait juste aucun sens de m’arrêter si près du but. De plus comme cette course n’était pas chronométrée et que nous avions été complètement autonomes pendant plus des deux tiers du parcours, je pensais simplement que le temps n’avait pas d’importance. Tout ce qui comptait à mes yeux était de compléter sur mes deux jambes. Ce que je fis.

Nous avons donc poursuivi sans relâche pour les derniers 3,5 kilomètres qui étaient somme toute sur le terrain le plus facile que nous avions vu depuis le début de cette aventure.

Je ne savais pas alors pas comment c’était supposé se passer lorsque l’on dépasse le temps limite. J’ai appris depuis que sur la route lors de marathon, il semble que les coureurs peuvent continuer, mais ils le font alors à leur propre risque.

J’ai aussi entendu dire qu’au Western State Endurance Run, les gens dépassant le temps limite de 30 heures sur le 100 mile ont le droit de continuer et on leur remet une mention spéciale à l’arrivée. Ils sont quand même classés DNF (did not finish) parce qu’ils ont dépassé le temps limite, mais peuvent terminer le parcours s’ils le souhaitent.

Mais que fait-on sur une course non chronométrée pour laquelle on ne nous a pas informés de la façon dont la règle sera appliquée ?

Étions-nous réellement obligés de monter dans une voiture pour terminer le parcours ? Est-ce la manière que cela se passe habituellement ? Je n’en avais aucune idée et comme aucune instruction ne nous avait été fournie, je n’avais pas conscience que cela était grave.

Pour moi, il n’y avait aucune autre option, ma tête dure m’avait amené à 3,5 kilomètres de l’arrivée, il était impossible alors que je prenne la décision de monter dans une voiture.

Comme Frédéric l’avait écrit sur Facebook plusieurs jours avant la course, « Faudrait pas qu’on arrête à 3,5 kilomètres du but, quand même ! ».

Peut-être que nous aurions dû nous arrêter et discuter pour simplement prendre un autre chemin pour rentrer à nos propres risques ? Mais sur le coup franchement, comme nous étions dans notre petit monde à deux depuis 27h30, je n’y ai pas pensé, une seule chose comptait, avancer et compléter ce défi.

Sur cette portion facile, j’ai tenté de courir un peu plus vite pour compléter les 3 derniers kilomètres en 15 minutes, mais cela m’a été impossible. En tentant d’accélérer, mon corps me protégeait, j’ai eu un point aux côtes et j’ai dû ralentir, et marcher sporadiquement. À ce moment-là le plus petit effort me semblait très intense, j’étais très essoufflé même en trottinant. Nous sommes finalement arrivés vers 18 h 07, 28 h 07 après être partie la veille à la conquête de ces sentiers. Je ne croyais pas qu’il resterait des gens sur place, mais une bonne dizaine de coureurs nous avaient attendus et il y avait encore pas mal de bénévoles. Ce fut un très très beau moment. Pendant cette course, je suis allé au bout de moi-même, probablement pas au bout totalement, c’est vraiment surprenant la force physique et mental que nous possédons tous, mais je suis allé puiser très loin pour compléter la distance. Quand nous sommes finalement arrivés, j’ai été vraiment très touché de voir que des amis nous avaient attendus malgré notre heure de retard.

Banni de toute course Ultimate XC

J’ai par la suite appris que nous avions été bannis de toute course Ultimate XC future pour avoir désobéi à la règle du temps limite en refusant de compléter la distance en voiture à 3,5 kilomètres de l’arrivée. J’en ai été peiné, mais vis-à-vis du bonheur ressenti pour avoir réussi à compléter cer énorme défi, cela n’avait pas grande importance pour moi sur le coup.

Je ne reviendrai pas en détail sur la saga de la lettre ouverte, mais laissez-moi vous résumer un peu les événements qui ont suivi. Mon partenaire Frédéric Giguère qui est aussi blogueur a décidé d’écrire une lettre ouverte au directeur de course parce que tout comme moi, il était grandement surpris d’apprendre de la bouche de mon conjoint que nous avions été bannis de toute course future. Plusieurs personnes en ont été indignées et proposaient même de boycotter l’événement en n’y participant plus. D’autres ont été indignées que nous nous soyons « plaints » de la sentence puisque nous avions enfreint le règlement. Il était difficile pour tous de débattre de façon respectueuse et de prendre en considération les circonstances entourant cet événement. J’ai été extrêmement peiné (lire j’ai beaucoup pleuré) en lisant les commentaires sur Facebook, dont certains nous accusant de faire du “bashing” public et gratuit. J’ai écrit un article de blogue, que l’on peut lire ici, pour faire part de mes sentiments, communiquer à quel point cette fin de course fut magique et mémorable pour moi et inviter les gens à ne pas boycotter l’événement.

Par la suite, j’ai continué de réfléchir à la situation pour en tirer des leçons qui me permettront de mieux agir la prochaine fois. J’ai aussi présenté des excuses publiques et sincères à Dan DesRosiers, directeur de course et aux autres membres ayant participé à cette course.

Je continue de dire que la lettre de Frédéric était écrite de façon respectueuse et ne se voulait aucunement une campagne de salissage comme nous en avons été accusés par certains. Je continue de penser aussi que j’ai bien fait de m’excuser publiquement, puisque nous avons en effet enfreint un règlement établi par le directeur de course.

Toutefois, j’aimerais préciser quelques éléments ici et si cela peut aussi vous être utile alors tant mieux.

Lorsque nous nous inscrivons à une course, nous nous engageons à en respecter les règlements. Il est donc de notre devoir de s’assurer de les avoir bien compris.

Toutefois, d’après ce que j’ai compris suite à mes recherches, il est aussi du devoir du directeur de course de fournir toutes les informations nécessaires en vue du respect des règlements. Qu’est-il attendu de nous si nous n’arrivons pas à rencontrer le temps limite ? Quels sont les temps de passage intermédiaires aux ravitaillements s’il y en a ? Sommes-nous tenus de nous retirer du sentier balisé, si nous dépassons le temps limite ou d’accepter d’être reconduit à l’arrivée par navette. J’ai fait quelques recherches et j’ai appris que les règlements sont à la discrétion du directeur de course et peuvent être influencés par divers facteurs tels que des droits de passage sur des terrains privés ou des surveillances policières prenant fin à une heure précise. Certains exigent que les coureurs soient reconduits par navette d’autre non et cela reste à la discrétion du directeur de course.

Dans le cas qui nous occupe, la course était non chronométrée et rien n’avait été précisé quant à ce qui était attendu de nous en cas de dépassement du temps limite. Dans les circonstances, je ne crois pas que personne n’aurait choisi de terminer en voiture. Toutefois, le directeur de course, malgré le fait qu’il n’avait pas précisé avant la course ce qui serait attendu de nous était tout à fait en droit de nous demander de compléter en navette et justifié de nous punir pour ne pas l’avoir fait. Je peux donc affirmer que cette épreuve a été pour moi un très grand apprentissage pendant, mais aussi après la course. Un apprentissage douloureux, mais nécessaire, puisque je n’avais pas conscience du sérieux de ces règlements et de l’importance d’y adhérer.

Je vous invite donc à prendre connaissance des règlements et à les respecter si vous choisissez de participer à un événement.

Dans les circonstances actuelles, je ne regrette pas d’avoir poursuivi et contrevenu au règlement pour les raisons suivantes :

1— Nous n’avions aucunement été informés et rien n’était spécifié en ce qui a trait à ce que nous étions censés faire advenant un dépassement du temps limite.

2— Le bénévole qui nous a avisés de monter dans la voiture nous transmettait un message du directeur de course, sans conviction, parce que je crois il avait été désigné à l’improviste pour le faire.

3— Cette course était annoncée comme une grande aventure humaine sans chronomètre ni compétition et nous avions été autonomes pour plus des deux tiers du parcours, avions traversée de multiples routes de nuit sans aucun accompagnement ou supervision, ce qui fait qu’à la fin, j’étais dans cet esprit de totale autonomie.

4— Nous étions presque arrivés et dans un secteur tout à fait sécuritaires tout près du village.

DNF « Did not finish » ?

Au final, les autres coureurs de ce parcours ont dit que je devais me considérer comme un DNF (did not finish). Dans les faits oui, sauf que nous étions sur une course non chronométrée (ce qui pourrait donc être argumenté). Mais pour moi, ça n’a aucune importance, mon défi, je l’ai relevé. DNF ou pas, je suis arrivé au bout et si cela m’a coûté d’être banni à vie des autres courses Ultimate XC et bien je le répète, ça en valait le coup. Nous n’avons pas mis la vie de personne en danger, nous n’avons commis aucun crime à part que de ne pas avoir respecté un règlement qui était somme toute très flou sur la manière dont il serait appliqué. Dans les circonstances, je suis très contente d’être allée jusqu’au bout.

Cela dit, je ne fais aucune critique négative de l’événement, un simple manque de clarté au sujet de l’application du règlement de temps de passage du 120 kilomètres et une sanction un peu sévère, c’est tout.

Je vous invite donc à participer en grand nombre à cet événement de course en sentier qui est chaque année le coup de cœur de plusieurs coureurs.

Je veux encore une fois remercier tous mes amis et coureurs ainsi que les bénévoles qui sont restés pour nous accueillir à la fin, ces moments resteront gravés dans ma mémoire de façon indélébile.

Nous avons même eu la chance d’avoir notre hamburger et notre bière à l’arrivée, n’est-ce pas le plus important  !

Je veux aussi encore une fois remercier Dan Desrosiers, directeur de course, malgré la « sentence » qu’il nous a imposée pour avoir contrevenu à son règlement. Sans lui, je n’aurais pas eu la chance de vivre cette grande aventure. Je le remercie de m’avoir fait confiance et de m’avoir accepté dans sa course et je suis extrêmement désolé de l’avoir déçu au point de me voir bannir de toutes ses courses futures. Je tiens à m’excuser à nouveau si cela lui à causé quelque tort que ce soit, c’est loin d’être mon intention de lui nuire, à lui et son organisation.

Je veux aussi remercier les bénévoles, ils sont extraordinaires, souriants et présents à nos besoins. Il faut aussi noter qu’il y avait de la mouche cette année et que dès que nous étions à l’arrêt nous étions littéralement assaillies par elles. Imaginez pour les bénévoles qui ne sont pas en mouvement et qui sont là pour nous aux stations de ravitaillement, au soleil pendant des heures.

Je veux aussi remercier mon partenaire Frédéric Giguère d’avoir cru que j’étais capable de relever le défi, sans lui je n’y serais jamais arrivé et pire, je n’aurais même pas essayé. Sur le parcours, s’il n’avait pas été là, je n’aurais jamais réussi. Ce n’est pas tout le monde qui voudrait relever un tel défi avec quelqu’un de beaucoup plus lent que lui, ça aussi ça comporte son lot de difficultés.

Un défi qui a occupé beaucoup de place

Ce grand défi, enfin grand pour moi, car tout est relatif, a occupé une grosse place dans mes pensés et sur mon blogue pendant les derniers mois. Je savais qu’en en parlant autant, avant même de l’avoir relevé, je m’exposais à vivre un échec publiquement. Si je n’arrivais pas au bout, et bien je ne pourrais pas le cacher.

Mais c’était bien correct, je pense que pour tenter de relever des défis plus grands que ceux dont on se croit capable, il faut accepter d’emblée qu’il se peut que nous échouions. Cela n’aurait pas été la fin du monde et j’aurais certainement appris tout autant d’une telle expérience.

D’ailleurs, cette expérience d’avoir complété en dehors du temps limite de 27 h 00 m’a énormément appris. Je vais donc dès maintenant prendre plus à cœur mes responsabilités en tant que coureuse lors de ma participation à des événements et me tenir bien informé de ce qui est attendu de ma part vis-à-vis des règlements établis pour l’événement.

Je vous dirais donc d’oser, le pire qui peut arriver n’est jamais bien grave au fond. Tant que l’on se prépare de façon sérieuse pour être prudent et ne pas se blesser pour cause de manque de préparation, le reste n’a pas vraiment d’importance, on fait du mieux que l’on peut, il faut s’accepter et ne pas se juger trop durement si on n’arrive pas au bout ou en dehors des temps limite.

Ceci dit, c’est un peu pas mal grâce à vous les lecteurs de ce blogue et les abonnés à ma page Facebook que je n’ai pas abandonné pendant la course. Quand c’est devenu très difficile, j’ai pensé à vous tous, j’avais un désir très fort de pouvoir vous dire, j’ai réussi ! Ce qui m’a grandement aidé à y arriver. Donc, merci à vous, vous m’inspirez à me dépasser.

Récupération

Le soir même suivant la course, après une bonne douche, j’ai mangé un peu, puis je suis allé me coucher. J’ai eu un sommeil très agité et chaque fois que je me retournais dans le lit, c’était vraiment douloureux. Impossible de me retourner sans me servir de la force de mes bras, mes jambes étant incapables de fournir le moindre effort. J’ai aussi été un peu fiévreuse pendant la nuit.

kari traa après course
Le soir après la course, bien « confortable »  dans mes vêtements après-course Kari Traa.

Le lendemain matin, je me suis levée avec une fin de loup. Nous sommes allés au restaurant, j’ai commandé le déjeuner du bûcheron 2 œufs 3 viandes et j’ai fait sourire la serveuse quand j’ai dit bacon, bacon et bacon pour les 3 viandes.

J’ai mangé vraiment beaucoup pendant plusieurs jours et j’avais quand même 5 livres de moins qu’au départ de la course une semaine après. Je n’ose imaginer combien de poids j’ai perdu pendant la course, probablement près de 10 livres.

Après 6 jours de repos, j’étais prête à recourir, je suis sortie à 2 reprises, mais une ampoule au tendon d’Achille encore trop douloureuse m’obligeait à un repos prolongé. J’attendais donc qu’elle guérisse pour pouvoir reprendre ma routine d’entraînement.

kari traa

kari traa
Jaune éclatant !
kari traa
Le retour du jaune !

Aussi mon conjoint a attrapé une très forte grippe musculaire, il a fait de la fièvre pendant 3 jours et a eu mal partout, pire que s’il avait couru un ultra. Mon système immunitaire ne devait pas avoir été trop affaibli par la course parce que je l’ai attrapé, mais en moins fort. Ce qui fait que lors de ma deuxième sortie de course, je ne comprenais pas mon état de fatigue, mais quand la fièvre a fait son apparition plus tard en soirée, j’ai compris que je combattais aussi ce même virus.

Je suis très heureuse de voir que je n’ai aucune blessure, tension musculaire anormale ou mot de dos suite à cette course. Il semble que mon corps s’adapte au fil des années à fournir des efforts de plus en plus grand et de plus en plus long. Je conclus que mes entraînements étaient suffisants, mais je suppose que si j’avais fait un peu plus de dénivelés, j’aurais moins souffert en dernier et aurait probablement pu rencontrer la barrière horaire, quoique des bâtons auraient fait la “job”, je crois. J’avais tout de même fait un peu de dénivelés, plusieurs milliers de mètres chaque mois ainsi que du spinning chaque lundi, ce qui m’avait permis de travailler fort les gros muscles fessiers et des cuisses. Des bâtons auraient vraiment pu faire une grosse différence, ce qui fait que je vais en utiliser lors d’une prochaine très longue course.

Prochains défis

Comme d’habitude, pendant la course, je me suis dit « plus jamais d’aussi longues distances », je l’ai même dit tout haut à Frédéric, ceci est trop pour moi (trop pour moi, comme dans l’émission Les beaux malaises 😉 ). Mais quelques jours après, j’étais déjà à regarder quels autres défis de longue distance pourraient m’intéresser. Pendant cette course, jusqu’au 100e kilomètre, c’était dur, mais faisable. J’ai vraiment cassé après le passage du temps limite au kilomètre 102. D’ailleurs si nous avions manqué ce temps de passage, je ne me serais pas fait prier pour être reconduit en navette à ce moment-là. Mais à 3,5 kilomètres de l’arrivée, impossible de ne pas terminer…

En 2016, je pense probablement faire le 80 kilomètres à la chute du diable. J’hésite encore un peu entre faire le 50 tranquillement sans pression de temps ou tenter de rencontrer la barrière horaire sur le 80. Je me suis même déjà procuré des “drops bags” imperméables en vue d’autres  courses de longue distance.

drop bags
Mes prochains “drops bags”

Aller plus loin ? Peut-être 100 solo, je vais voir. Il y a aussi la question de temps à investir là-dedans. J’aime bien ma routine entraînement de 40 à 50 kilomètres par semaine. Ça me permet de participer à des courses de 50 et 80 kilomètres sans ajouter trop d’extra à l’entraînement.

Meilleurs amis pendant la course

Lanacane 🙂 (pour les fesses qui se connaissent, lire pour contrer le frottement douloureux).

lanacane meilleur ami de l'ultra runner

Et définitivement la tresse qui est devenu un rasta !

kari traa
Et le papillon, emblème Kari Traa, qui m’accompagne dans les sentiers ! Sans blague, au petit matin je voyais plusieurs papillons et je pensais à Kari Traa qui m’a dit, « Rain or shine, Kari Traa supports you ».

En terminant

Je crois que j’aurais pu m’entraîner un peu plus en portant mon sac avec un poids de 8 livres. Je crois aussi que parce que c’était la première fois que je faisais une très longue distance, j’ai fait quelques erreurs de débutante. La gestion des sacs d’appoint et changement de vêtement. J’ai trop souvent changé de vêtements, cela m’a coûté en temps. Et oui, je me suis même changé intégralement au kilomètre 60, héhé, moi je n’en aurais pas parlé, mais on peut le lire dans l’article de blogue de mon partenaire de course (c’est ça courir avec un blogueur, tout se sait LOL). Ne vous faites pas d’idée, il faisait noir comme dans un poêle, y’a pas grand monde qui a vu grand-chose. Et les filles avouez que de courir avec la brassière trempée, c’est vraiment inconfortable et pas question que je me change toute seule dans le bois en pleine nuit LOL.

Aussi, changer de soulier à la fin était tout à fait inutile. J’ai passé trop de temps aux ravitaillements. De plus, la portion de nuit étant faite quand on était en forme, cela m’a coûté en temps parce qu’ensuite quand nous avons terminé pendant la journée j’étais ralenti par la fatigue et la chaleur. Définitivement des bâtons la prochaine fois, sans hésiter.

Voilà, ça résume bien toute cette aventure, j’espère que vous y trouverez de la motivation à dépasser vos limites, quelles qu’elles soient.

Pour ma part, cette aventure m’a apporté plusieurs enseignements que je peux aussi appliquer dans ma vie de tous les jours.

Les détails et toutes les choses sur lesquelles on n’a aucun contrôle ne sont pas importants. L’aventure m’a enseigné qu’il faut simplement avancer. Quand ça ne va pas, ça va passer, quand ça va, ça va passer. Dans la vie, c’est un peu la même chose non ? J’ai l’impression d’en sortir avec un peu plus de patience et de tolérance. Comme je l’ai dit dans mes articles de blogue suite aux événements de la saga de la lettre ouverte, dans la vie comme en course, les choses arrivent, on deal avec. On tente d’être la meilleure personne que l’on peut et on avance.

Aussi, les réactions intenses des gens par rapport à la lettre ouverte de mon partenaire blogueur et du fait que je l’avais partagé sur Facebook, m’ont aussi conforté dans mes valeurs de courir pour le plaisir et non pas pour accumuler des trophées, des temps ou des distances.

Je cours pour moi, j’aime partager mes expériences, mais ma première motivation elle vient de l’intérieur et non pas du regard des autres.

Suite à cette « mini-tempête » sur Facebook, j’ai décidé de faire du ménage dans mon compte personnel Facebook et d’inviter les gens à plutôt suivre ma page Facebook si mes aventures les intéressent. Je ne ferai plus beaucoup de publication sur mon fil personnel et j’ai bien l’intention d’adhérer et de véhiculer de plus en plus des valeurs de tolérance et d’inspirer par le plaisir de courir. Peu importe nos défis, continuons simplement de nous dépasser, que ce soit de sortir courir 2 kilomètres ou de participer à des ultramarathons.

Ultimate XC 120 kilomètres
On y est arrivé, en équipe ! Le macaron La Maison Bleue qui nous a accompagnés tout au long de ce périple. Et pourquoi Fred a-t-il un dossard presque neuf ?
Ultimate XC 120 kilomètres
Merci aux amis qui ont attendu notre arrivée et particulièrement Chantal et Patrick que l’on voit sur la photo, qui participaient à leur première course Ultimate XC spécialement pour être présents lors de notre arrivée.
Ultimate XC 120 kilomètres
Et surtout, merci à mon amour Lambert, qui me supporte dans mes aventures de fous.
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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Ha ha, je me suis rendu au bout du récit, comme la course d’ailleurs !
    Mais là, je me rends compte de ce que tu as eu à subir comme vue durant toutes ces heures de course… Avoir un maigrichon avec son sac rouge pétant dans la face pendant 28 heures, ouf ! 😉
    Merci d’avoir accepté de relever ce défi. Je n’ai jamais douté de tes capacités pour compléter ce défi et je sens que bientôt, tu seras à côté de moi sur la ligne de départ d’un 100 miles. Oui oui, un 100 miles… 🙂

    1. Ah non, moi ce n’est pas le maigrichon au sac rouge qui me dérange ! MAIS pourquoi as-tu un dossard pratiquement NEUF à la fin du parcours quand le mien à carrément l’air d’avoir fait la guerre ?

      Ouais pour un 100 miles sur la ligne de départ peut-être, mais la ligne d’arrivée ? En tout cas on sait tous les deux que tu va avoir eu le temps de prendre une couple de bières avant que je rejoigne l’arrivée si jamais arrivée il y a ! Mais j’avoue que cette distance mythique est dans ma tête depuis que je sais que ça existe. En attendant, je serai au moins d’un petit bout du parcours comme Pacer officiel au BU ! Je pourrai voir de mes yeux l’état des « finishers » d’une telle distance. Alors on peut se dire au prochain Ultra !

  2. Félicitations pour avoir relevé ce défi! Toute une aventure! 🙂

    1. Merci Rémy, le moins que je puisse dire est que j’ai été rassasiée.

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