Mon marathon de Boston – Partie 3 – Deuxième moitié de course

Marathon de Boston 2017, 30 000 coureurs, 30 000 histoires, voici la mienne.

En espérant que j’arrive à vous communiquer la magie de cet événement.

Pour lire la première partie de ce récit, soit quelques jours avant la course, c’est ici.

Pour lire la deuxième partie de ce récit, soit la première moitié de la course, c’est ici.

Passage du demi-marathon, deuxième moitié de course

Après le passage du demi-marathon, je réalise que la journée va être difficile. Je constate qu’il y aura un prix à payer pour un entraînement minimal.

De plus, Boston est réputé pour te démolir les quadriceps sournoisement, pendant que tu ne te méfies point, au gré des descentes de la première moitié. Juste bien te malaxer les cuisses pour te rendre plus humble lorsque viendra le temps d’attaquer la portion ascendante en deuxième moitié.

C’est dur, déjà trop dur et on est que peu après la mi-parcours.

Je ne sais plus si j’ai faim ou si j’ai soif. Devrais-je continuer de boire eau et gatorade à chaque station au mile environ ? Devrais-je manger encore un peu de pâte de fruits ? J’ai mal au ventre, j’ai mal au haut des cuisses. Des crampes semblent se pointer.

La deuxième portion étant beaucoup plus difficile que la première avec des côtes à monter et descendre. Je réalise que je vais probablement devoir oublier un temps sous 4 h, ce n’est pas grave, je vais faire mon possible que je me dis.

Oh Surprise ! J’aime monter les côtes, ça change le mal de place. Étant une coureuse en sentier, ces petites côtes ne me dérangent pas vraiment. Étant quelque peu sous-entraînée cependant, descendre devient vite un problème, descendre me fait vraiment très mal aux cuisses.

Quand ça monte, ça tombe comme des mouches dans les côtes, de plus en plus de coureurs marchent, il faut les contourner.

Je souffre, je regarde ma montre trop souvent, pour connaître la distance, je n’arrête pas de me dire de ne pas marcher. Il ne faut pas marcher, je ne pourrai plus repartir si je m’arrête. Je croise une fille qui semble découragée, je l’encourage, elle me dit, « it’s awful », je lui réponds, « I know ». Je ne suis pas la seule à souffrir, ça se voit.

Je croise un gars avec 2 prothèses pour jambes, les gens crient et l’encouragent tellement fort, ça m’aide à oublier ma souffrance. Je me dis, tu as tes 2 jambes Julie, continue d’avancer, ce n’est pas si pire que ça.

Quel courage !

Comme tout coureur/coureuse, je sais bien que la douleur est vite oubliée dès le passage du fil d’arrivée. Je tente de séparer ma tête de mes jambes, je me rends compte que si je me concentre sur les gens qui nous encouragent, plutôt que sur mes jambes, ça m’aide.

Je vois une coureuse avec un chandail ou il est écrit 50 + sub 4 hours marathon. Elle s’éloigne et je me dis, voilà mon sub 4h marathon qui s’en va.

Les kilomètres défilent lentement un à un, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37. Je ne sais même pas quand on a passé la fameuse côte Heartbreak Hill, pour moi elles se ressemblent toutes.

Puis, vers la fin, je me dis, plus que 5 kilomètres, je visualise mon parcours de course habituel, je me vois au début du Parc de la cité, il me reste 5 kilomètres, puis à la moitié du parc, 4 kilomètres, je me voie quand je sors du parc, plus que 3 kilomètres, je peux ainsi visualiser la distance restante.

Les gens sont encore présents dans les rues de Boston, mais on voie bien que la journée a été longue et plusieurs ont quittés. Il y a des gobelets partout à terre, il y aura un méga ménage à faire dans les rues de la ville, je peux vous le dire.

Plusieurs spectateurs continuent de nous encourager en nommant notre nom, j’arrive encore à les remercier, je ne les regarde plus cependant et il y a longtemps que je ne tape plus dans les mains des enfants. Je fonce vers l’avant la tête baissée.

L’arrivée

Puis, finalement, la rue Boylston est à ma portée, on voit au loin la ligne d’arrivée, j’aurais dû ralentir, pour savourer le moment, mais j’en ai été incapable tellement je voulais en finir, mon seul but étant de pouvoir cesser de courir après le passage de la ligne. Finalement, le moment tant attendu, je passe la ligne et m’arrête de courir !

Je marche en titubant, on me remet ma médaille, je poursuis à pied dans ce long corridor réservé aux coureurs, je prends une couverte en aluminium pour me garder au chaud. Les bénévoles nous félicitent en nommant notre nom.

Je marche et m’étire en alternance, puis j’aperçois mon conjoint Lambert avec son père qui sont venus pour moi. Ils sont vraiment contents d’être là, le père de Lambert me dit avec les yeux pétillants, je ne pensais jamais voir le marathon de Boston de ma vie. Eux aussi, vivent la frénésie de l’événement.

Des centaines de coureurs arrivent sans arrêt. On voit maintenant une longue procession de couvertes aluminium.

La vague déferlante de coureurs.

Je me trouve tellement chanceuse d’avoir pu compléter, je suis très fière d’avoir pu continuer de courir malgré les difficultés et la douleur. C’était on ne peut plus mental à la fin, ce n’était plus une question de jambes ou d’entraînement, mais simplement une question de croire que c’est possible. C’est la première fois que je vivais cela en course sur route.

Après course

Je récupère mes vêtements. Il y a une tente pour se changer. J’y entre, les filles sont en train de se changer, tout en se félicitant et en s’applaudissant. Une ambiance des plus festive y règne.

Ensuite, nous décidons de manger sur place, on trouve un petit resto et quelle chance, il y a une place sur la terrasse, juste sur le bord de la rue Boylston, on voie encore et toujours cette marée de coureurs qui défile. Quelle chance d’avoir cette température estivale !

Margarita
Burger au thon, vin rouge.
Thon saisi, bière.

Après le souper, vers 18 h 30, nous allons prendre une marche dans le Parc « Boston Common », puis nous refaisons le chemin à l’envers sur Boylston.

Il y a encore des coureurs qui arrivent et à qui l’on remet une médaille. Je m’informe, on me dit que le temps limite est dépassé, ils n’auront donc pas de temps officiel, mais ils peuvent tout de même recevoir leur médaille. Certains semblent déçus, d’autres très fières, moi je me dis, au moins ils auront cette médaille durement gagnée, ils ont réussi à atteindre le fil d’arrivée, ils n’ont pas abandonné !

On refait le chemin à l’envers sur la rue Boylston, il est environ 18h30.

On repasse la ligne d’arrivée à l’envers, on prend quelques photos, puis les bénévoles nous demandent de nous éloigner pour qu’ils puissent retirer le fil d’arrivée, c’est la fin de ce marathon de Boston  2017 et j’en suis témoin.

Tout juste avant qu’ils enlèvent la ligne d’arrivée. Des coureurs sont encore sur le parcours. Ils auront leur médaille de Finisher !
121e Marathon de Boston.
La photo, sur la ligne. Aucune superstition cette fois !

On voit encore des coureurs qui arrivent et des gens sont encore présents pour les encourager. Et moi, émotive, je leur crie à pleins poumons « You got This », de la même manière que l’on me la crié quelques heures plus tôt.

Nous quittons, j’ai de la misère à suivre mon beau père de 83 ans à la marche. Il faut dire qu’il a une forme hors du commun, lui qui ski encore à son âge. Il a passé la journée debout au marathon de Boston et il me dit, c’est drôle, après un peu de repos, je repars et on dirait que je n’ai pas marché de la journée !

LOL et moi titubant derrière, je marche croche. Je sais que j’aurai besoin de pas mal de repos avant de pouvoir dire la même chose.

Retour à notre chambre Airbnb par le « T ». Ouf les escaliers, la chambre est au grenier, trois étages qui me donneront du file à retorde le lendemain matin !
Le soir au retour, la jolie rue Egde Hill dans le quartier Jamaica Plain.

Lendemain du marathon

Le lendemain, nous sommes allés au Quincy Market, je n’ai pas mis mon chandail ni ma médaille, et je n’avais pas acheté le manteau, je le regrette, il y a tous ces gens qui se promènent avec le leur et qui se félicitent entre eux. Si vous courez Boston, il faut acheter le manteau LOL Il y en a qui ont même mis leur manteau de l’année 2016. Bof pour celle-là cependant.

Les marathons inscrits sur son manteau commencent en 2001 et on y voit déjà l’inscription 2017.
Au fameux restaurant Cheers, du sitcom du même nom.

Voilà qui termine un très beau voyage avec le père de Lambert.

On rentre à Montréal, le mardi en fin de journée.

Sur la route du retour.
Sans oublier d’arrêter au New Hampshire, pour achat de Gin spécial qu’on ne trouve pas à Montréal.

C’est incroyable, mais mon tendon semble guéri. C’est mon physio qui va être surpris, lui qui doutait que je puisse compléter la distance avec l’état de mon tendon 2 semaines avant l’événement.

Comme quoi il ne faut jamais perdre espoir.

Plus tard dans la semaine, j’ai parlé à mon physio et il a une théorie. Il croit que mon tendon était irrité parce que j’avais un blocage à la cheville (la mobilité de ma cheville n’était pas 100 %). Il pense que j’ai probablement débloqué ma cheville à force de courir dessus pendant le marathon, ce qui aurait eu pour incidence de réduire la tension et l’inflammation de mon tendon d’Achille. Ma cheville n’est pas à 100 % cependant, comme je le croyais quelques jours après le marathon, mais elle est beaucoup mieux. Étrangement, la douleur a changé de place.

Rétrospective

En rétrospective, ce marathon fut beaucoup plus difficile qu’Ottawa. J’ai terminé en 4  h 08, ce que je n’avais pas réalisé sur le coup est que je n’ai perdu que 8 minutes sur la deuxième partie du parcours. Ayant passé la première demi en 2  h, j’aurais tout aussi bien pu perdre plus que 8 minutes en deuxième moitié, vu mon état de fatigue et des côtes plus nombreuses en deuxième portion.

Hell, j’aurais pu marcher et perdre plus de 30 minutes ! Je n’ai pas marché, mais l’envie était tellement forte. 8 minutes, c’est peu finalement. 🙂

Donc 4  h 08 min  36 s, dossard  21  525, classement général 17  400/30 0 74, classement féminin 6918/13  698, groupe âge  1030/2147.

30 secondes plus lente au kilomètre qu’à Ottawa, c’est exactement ce que me reflétaient mes rythmes en entraînement. J’aurais espéré 20 secondes plus lentes pour faire sous 4 h, mais vu la difficulté du parcours je ne suis pas surprise.

Une chose est sûre, je sais que j’ai fait de mon mieux et que j’ai tout donné. Contrairement à Ottawa, je n’ai aucunement l’impression que j’aurais pu faire mieux. J’étais au bout du rouleau.

Referais-je un marathon ?

Le jour même je me disais « plus jamais » et je me croyais vraiment. Mais comme tout coureur/coureuse, quelques jours après, je me dis probablement. Toutefois, si je le refais, je vais m’entraîner plus fort, beaucoup plus fort. J’ai eu ma leçon, je n’ai pas l’intention de resouffrir à ce point. Je ne veux plus revivre ça, ce sera le moteur de mon entraînement pour le prochain s’il y en a un. Sachant que chaque sortie en entraînement me permettra de savourer la deuxième moitié du marathon plutôt que de la subir.

En passant, étrangement, nous n’avons jamais croisé les gens qui nous louaient une chambre Airbnb. Il semble qu’ils étaient en vacance à l’extérieur. On est donc entré et sorti de la maison à notre guise. Ils sont rentrés le lundi soir, nous étions couchés et ils ont quitté le mardi matin tôt pour le travail. Nous les avons entendus, mais jamais vus ! Un bel endroit, si jamais vous chercher une habitation pratique pour le marathon. Voici le lien : https://www.airbnb.ca/rooms/10883063

Six jours après le marathon, je descendais finalement les escaliers presque normalement et je me sentais prête à reprendre la course doucement. Je constatais cependant que ma récupération serait beaucoup plus longue qu’après le marathon d’Ottawa. Je découvre avec cette expérience que ça aussi c’est proportionnel à l’entraînement.

J’ai l’intention de continuer l’entraînement à raison de 4 ou 5 fois par semaine. Mon prochain objectif est le 20 kilomètres de la Grande virée des sentiers de Saint-Bruno, le 11 juin.

Dix jours après , plus j’y pense et plus j’ai envie de le refaire ce marathon de Boston. C’est fou comment on oublie la douleur rapidement. J’aimerais le refaire mieux entraînée cependant et si possible prendre une petite revanche sur le parcours. Il me faudra me requalifier d’abord, mon temps de 4  h 08 ne me redonne pas une place sur la ligne de départ. Il me faudrait aller chercher à nouveau sous 3  h  50.

Peut-être si je me trouvais un lapin de cadence personnel, ce pourrait être motivant.

Ou peut-être le marathon de New York en 2018, pas celui de novembre prochain, où je pourrais me qualifier en courant un demi-marathon sous 1  h  42.

À suivre, c’est dans le domaine du possible…

Allez, continuons de nous dépasser, on ne sait jamais où ça mène !

On voit bien le creux de vague et la relance « au mental » à la fin.

Merci à Kari Traa qui m’habille pour la course hiver comme été. Et merci à vous tous, qui m’encouragez hiver comme été et m’inspirez à relever ces défis.

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