Le plaisir de courir, d’où vient-il, où est-il quand on ne le trouve plus ?

La semaine dernière, j’ai eu une demande d’une journaliste du Canadian Running Magazine pour une interview au sujet du plaisir de courir. Elle est tombée sur mon article écrit en anglais, en janvier dernier, « Finding Joy in Running  » et elle veut écrire un billet à ce sujet. Sans vous dévoiler la nature de son article et de nos propos, puisque l’article ne sera publié que dans plusieurs mois, je peux quand même vous dire que cette entrevue d’une heure m’a fait réfléchir encore un peu plus sur le sujet. Sujet vaste et difficile à définir qu’est le plaisir de courir.

Je me suis d’abord demandé en quoi je pourrais bien lui être utile, je suis loin d’être une spécialiste en la matière.

En plus, suite à l’écriture de cet article, à propos de la joie de courir, j’avais fait l’expérience d’un certain passage à vide, que l’on constate d’ailleurs dans les articles qui ont suivis, en particulier celui-ci  : « Mini-Histoires d’hiver ».

Une des choses que cette entrevue m’a remises en tête est que quand je cours moins vite par choix, j’ai souvent plus de plaisir.

Toutefois, j’ai réalisé qu’il est rare que je cours moins vite par choix puisque je cours souvent au feeling. Au fond, je me retrouve la plupart du temps presque à ma limite du jour. C’est-à-dire que de courir lentement parce qu’on se sent fatigué, ce n’est pas du tout la même chose que de courir lentement par choix lors d’une bonne journée ! J’avais un peu oublié ce principe.

Il m’arrive d’avoir du plaisir à courir lors de bonne journée en courant à un rythme très soutenu, mais il m’arrive aussi de ne pas trouver le plaisir de courir, peu importe ma vitesse.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, en tout cas, le plaisir de courir, j’observe qu’il n’est jamais acquis. Je peux en faire l’expérience régulièrement pendant des semaines ou même des mois et ensuite ne plus le trouver pendant plusieurs sorties d’affilée, voire pendant des semaines ou encore des mois.

Oh et puis il y a la température. Le printemps fait aussi mon bonheur. Après avoir couru tout l’hiver par temps froid, la motivation était un peu basse en mars et au début d’avril qui fut plutôt froid.

Quand j’ai débuté en course à pied, en 2012, je n’avais pas de plaisir à courir.

Je pense que c’est parce que la forme en course, et bien, pour moi, ce fut long à acquérir. J’avais du plaisir à courir à l’occasion, j’aimais surtout les courses officielles et j’ai adoré la course en sentier dès le début, mais cela m’a pris autour de 2 ans avant de ressentir ce plaisir de courir de façon plus régulière en entraînement sur la route. J’ai en fait l’impression que j’ai commencé à le ressentir plus souvent, seulement après avoir commencé à courir de façon très constante, soit de 5 à 6 fois par semaine toute l’année durant. La forme est venue et le plaisir avec. Toutefois, rien n’est acquis et j’ai quand même de bons et mauvais jours.

Donc pendant que je réfléchissais à la question cette semaine, je suis sorti courir avec mon chum qui fera son premier demi-marathon sur route à Ottawa en mai. Il est en bonne forme, il fait beaucoup de ski de fond pendant l’hiver, il joue au hockey et fait de la musculation, mais il ne court pas souvent, ce qui fait que son rythme est plus lent que le mien et que pour lui, les sorties de course sont plutôt ardues. Donc, en l’accompagnant, ça « m’oblige » à courir moins vite. Et ma foi, pour moi, c’est très plaisant et ce sont des sorties très faciles. Je me disais donc que je devrais pouvoir faire ça par moi-même, ralentir pour avoir plus de plaisir ! En entraînement, courir lentement les journées où je me sens fatigué, je le fais régulièrement, mais courir lentement par choix les jours où je me sens en pleine forme, et bien, je le fais rarement sauf quand je cours avec des gens qui courent plus lentement. Paradoxalement, courir lentement en compétition, et bien ça, je le fais déjà à l’occasion.

Donc, le premier conseil que je donnerais à quelqu’un qui n’a pas de plaisir à courir serait  de ralentir et profiter du moment. Je devrais bien pouvoir le suivre ce conseil moi. Ne pas me juger selon ma vitesse en entraînement, mais plutôt selon mon plaisir. « Ai-je eu du plaisir aujourd’hui ? », serait donc la bonne question à me poser plutôt que « Ai-je couru vite aujourd’hui  ? ».

Ce qui fait que suite à cette sortie plus lente avec mon chum, j’ai décidé vendredi dernier de faire une autre sortie à un rythme que j’appellerais de « confort agréable ». Je me suis donc forcé à ralentir pour voir ce que ça donnerait. En même temps, ça tombait pile sur le rythme que je souhaite avoir pour le marathon d’Ottawa (qui serait un R2, pour ceux qui ont lu les livres « Courir au bon rythme de Jean-Yves Cloutier ») [tiens, nous portons le même nom de famile :) ].

Il faisait si beau vendredi, je me suis imposé un rythme plus lent en me disant que je ferais simplement la distance dont j’ai envie.

Donc aucune distance imposée à l’avance, mais l’idée de faire plus de 15 KM. J’ai été vraiment surprise de la facilité et du plaisir que j’ai ressenti tout au long. J’ai fini par faire un 21.1 KM avec ce pace Marathon de 5 min 20 s/KM. Donc plutôt que de partir à 5 min05s du KM, j’ai débuté ma sortie à 5 min 30 s, en m’imposant une vitesse plus lente, le tout s’est stabilisé autour de 5 min 20 s/KM. À la fin, je me sentais vraiment bien et pas du tout fatigué au passage du 21e kilomètre, mais encore mieux que cela, tout au long, j’ai eu un plaisir fou à courir.

Ensuite quand j’ai enregistré l’activité sur Strava, j’ai constaté que j’avais une autre sortie sur Strava avec le même trajet et la même distance, celle-ci effectuée en novembre 2013. Je me préparais alors à courir mon premier demi-marathon sur route. J’avais tellement peur de ne pas être capable de faire la distance que je n’avais pu faire autrement que de la tester une semaine avant (je sais, ce n’est pas recommandé). Je me rappelle très bien m’être dit et avoir publié sur Facebook « je ne ferai pas de marathon » tellement j’avais trouvé cette sortie difficile. Je l’avais couru à un rythme beaucoup plus lent que ma sortie de cette semaine, soit à 5min56/KM vs 5min19/KM. Voir les images à l’appui !

Premier demi-marathon
« Je ne ferai pas de marathon » que je disais en 2013.

Un ami  répondait même alors à mon commentaire Facebook « Julie, j’ai fait mon premier 21KM il y a 4 ans et je me disais la même chose. J’ai depuis fait 2 marathons… Donc c’est plus que possible pour toi ! » Et moi, et bien je ne le croyais pas ! Comme peut-être vous ne me croyez pas en ce moment !

Je vous le jure, j’ai déjà pensé que je serais incapable de courir un demi-marathon, je me disais que c’était hors de mes capacités.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Et bien, mon chum m’a dit cette semaine, qu’il pensait qu’il n’arriverait peut-être jamais à courir « vite ». Et moi je lui ai il ne faut jamais dire jamais en course. Que s’il courait régulièrement, plusieurs fois par semaine, semaine après semaine sans interruption, c’est garanti qu’il allait constater des progrès au fil du temps ! Des progrès en vitesse, mais encore plus important que cela, des progrès en plaisir. J’aime l’idée de mesurer mes progrès en plaisir !

demi-marathon
Difficile premier demi-marathon en entraînement en novembre 2013.
demi-marathon
Demi-marathon en entraînement en avril 2016 au « rythme confort ».

Je ne suis pas une athlète, j’ai nommé ce blogue et ma page Facebook « Artiste et athlète », mais c’est sans prétention, il y a des athlètes 100 fois meilleurs que moi, je ne suis pas une « vraie athlète » ni une vraie « artiste » si je me compare aux grands athlètes et aux grands créateurs de ce monde.

Cependant, j’aime cette devise, « Be the Best Version of Yourself » ou «Soyez la meilleure version de vous-même » et moi, ce qui me passionne, ce sont les arts et le sport. Je deviens de plus en plus athlétique parce que je cours beaucoup, mais je n’ai rien d’exceptionnelle par rapport à d’autres personnes.

Quand j’ai débuté en course à pied, et bien c’était comme pour plusieurs, pas facile et souvent pas plaisant.

Ça avait plutôt l’allure d’un combat chaque fois. Mais avec constance et régularité, je suis fière de dire que je peux courir un demi-marathon pratiquement sans effort en 1 h 52 en me forçant à courir à un rythme plus lent que mes capacités optimales. Et la fille qui a dit il y a presque 3 ans « je ne ferai pas de marathon » et bien, elle s’en va courir un marathon avec confiance en ses capacités à la fin du mois de mai prochain.

Je vous le jure, courir 5KM était très difficile au début et à des rythmes beaucoup plus lents que ceux nommés ici.

J’ai aussi déjà douté de ma capacité à courir 10 KM, courir pendant 1 heure me semblait au dessus de mes capacités. La veille de mon premier 10 KM au tour du Lac Brome en juin 2013, je n’ai pas dormi de la nuit tellement le défi me paraissait énorme.

Premier 10KM
Premier 10 KM en juin 2013, je n’avais pas dormi de la nuit la veille, tellement j’étais nerveuse pour ce défi.

J’ai longtemps pensé que je ne pourrais jamais courir à un rythme de 5min/KM, puis la première fois que c’est arrivé en 2015, je me disais que ça n’arriverait probablement pas 2 fois. Et aujourd’hui, je le fais très régulièrement.

Constance et persévérance sont la clé en course à pied. J’en suis la preuve, je n’ai jamais fait d’intervalles, ni suivi de programme, j’ai simplement couru, de façon constante depuis 2012. Et je n’ai pas débuté avec plus d’aptitudes que d’autres. Simplement une discipline s’est installée, de courir beau temps mauvais temps à longueur d’année. Ma récompense ultime est le plaisir de courir, à moi d’en profiter en ralentissant la cadence plus souvent.

Donc si vous manquer de plaisir à courir, ralentissez lors d’une bonne journée, vous m’en donnerez des nouvelles. Et puis si vous n’éprouvez jamais de plaisir à courir, même en courant plus lentement, persévérez. Si vous persévérez, vous finirez pas connaître cette joie indescriptible de la course à pied, et le moins que je puisse dire est que ça en vaut la peine.

En course, il ne faut jamais dire jamais ! Vous ne savez pas tout ce dont vous êtes capables ! Continuons de le découvrir chaque jour.

Ceci est ma petite histoire à moi, mais on est tous tellement différents. Et vous, comment trouvez-vous le plaisir de courir ? Vous le perdez à l’occasion ? Vous ne l’avez pas encore connu ? Ou peut-être l’avez vous connu dès votre première course ? Dites-m’en plus, j’aimerais aussi connaître vos histoires.

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9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Valérie dit :

    C’est ça le plaisir de trouver son Pace du bonheur!!

    1. Oh que oui Valérie, j’aime cette appellation « Pace du Bonheur », un PB peut alors devenir un Personnal Best mesuré en Pace du Bonheur ou Plaisir de courir !

  2. Ce qui m’interpelle dans ton message, c’est que tu as mis très longtemps (2 ans) avant de ressentir du plaisir à courir. Mais alors… pourquoi courrais-tu?!?!

    J’aurais été incapable de poursuivre si je n’avais pas ressenti de plaisir dès le début. Ça n’arrive pas à chaque course, parfois je mise tout sur la discipline, mais la plupart du temps je suis heureuse de courir. Sinon j’aurais cherché une autre activité!

    1. En fait Valérie, j’avais du plaisir alors à participer à des courses officielles, j’ai connu le plaisir de courir en sentier lors de ma participation à ma première course en juin 2013, le 5KM de la Clinique du coureur au Lac Beauport. Cependant, je ne trouvais pas vraiment de plaisir à m’entraîner, mais, il le fallait bien, si je voulais me préparer adéquatement pour les courses auxquelles je m’inscrivais ! Ensuite, la principale raison était la simplicité et l’économie de temps. Pour garder la forme que j’avais acquise au Gym pendant les 2 années précédentes (2011, 2012). En 2013, j’ai commencé à trouver que même si cela m’était pour la plupart du temps difficile, il était vraiment très pratique de courir (pas d’abonnement au Gym, courir de n’importe où, à n’importe quelle moment). Ensuite, avec l’habitude et la forme, le plaisir de m’entraîner est venu. Il m’est difficile de me rappeler de tout exactement, mais c’est à peu près ça.

      1. Aaaah je comprends mieux. Super 🙂 C’est fou, la diversité des parcours de coureur/se!

  3. Runner Flower dit :

    Bel éloge à la course à pied, ça donne envie d’aller courir … pour le plaisir

    1. Merci Runner Flower, je suis curieuse de connaître les parcours d’autre coureur, c’est tellement unique à chacun. Mais j’imagine que je ne suis pas la seule à avoir mis pas mal de temps avant de trouver cela plus plaisant que forçant.

  4. Très bon article Julie, tout à fait authentique! Le plaisir de courir, comme tout autre plaisir, ne peut demeurer constant. « Décrocher » de l’idée de performer, de vouloir courir pour aucune raison précise si ce n’est que de mettre un pied devant l’autre, voilà autant de raisons qui rendent la course attrayante lors des moments de blues. Et quant à ton statut d’athlète, il te convient totalement. Être un ou une athlète n’est pas synonyme de performance ultime et absolu. Je me considère comme un athlète quand à -20 degC je sors courir mon 15km en plein mois de février!! Keep on running 🙂

    1. Merci pour ton commentaire Karym, en effet le plaisir de la course n’est pas toujours à son summum et c’est tout à fait normal. J’ai aussi observé que pour moi, changer de décor (aller courir en montagne surtout) m’aide à retrouver le plaisir de courir lorsque je le trouve moins sur mon trajet quotidien. Courir en groupe aussi ça aide. Quant à mon statut autoproclamé « d’athlète » au fond je crois que l’on a tous un potentiel athlétique et que lorsque la santé et la forme physique sont au cœur de nos priorités, nous sommes tous des athlètes finalement. Nous ne sommes pas nécessairement des athlètes de haut niveau, mais le corps humain est une belle machine et on en découvre le potentiel en s’entraînant, un potentiel que l’on détient tous. Donc, athlète est celui qui prend la peine et fourni l’effort d’exploiter et de faire grandir ce potentiel. C’est pourquoi j’affirme être une athlète, même si je ne m’attends pas à monter sur des podiums.

      Encore une fois, félicitation pour ton Marathon des Sables, tout un défi que tu as relevé !

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